AMAP : aider les agriculteurs d’Île-de-France en mangeant bien, et bio!

J’ai la chance de pouvoir manger des produits issus d’une AMAP chaque semaine. Une AMAP, c’est une Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne. Le nom est assez explicite : les citadins se regroupent en association, afin de favoriser une agriculture paysanne, sans passer par l’agro-industrie. Ceci est avantageux pour les agriculteurs qui peuvent ainsi avoir des marges supérieures que si ils vendaient à l’industrie agro-alimentaire (et peuvent faire autre chose de leur week-end que d’aller au marché), mais c’est aussi avantageux pour les adhérents de l’AMAP, qui bénéficient de produits frais, tout droit issus de la ferme, exempts de pesticides.

Exemples de produits trouvés dans un panier d'une AMAP

Exemples de produits trouvés dans un panier d’une AMAP

Lieu de distribution d'une AMAP : un bar par exemple

Lieu de distribution d'une AMAP : un bar par exemple


Les cageots sont livrés en vrac, c'est aux amapiens de faire la distribution

Les cageots sont livrés en vrac, c'est aux amapiens de faire la distribution


Pour faire la distribution, on utilise un tableau noir qui dit ce qu'il revient à chacun

Pour faire la distribution, on utilise un tableau noir qui dit ce qu'il revient à chacun


Parfois la distribution se fait dehors, par bon temps. C'est aussi un bon moyen de faire de la publicité aux AMAP

Parfois la distribution se fait dehors, par bon temps. C'est aussi un bon moyen de faire de la publicité aux AMAP


Exploitation agricole

Exploitation agricole


Les produits sont bien souvent bio et éthiquement responsables

Les produits sont bien souvent bio et éthiquement responsables


Les amapiens mettent également la main à la pâte, en aidant l'agriculteur

Les amapiens mettent également la main à la pâte, en aidant l'agriculteur

Les AMAP sont un concept apparu au Japon dans les années 70, à l’initiative des mères de famille, qui voulaient autre chose que la nourriture « en plastique » qui leur était proposé dans les rayons des supermarchés : ce sont les Teikei. En France, les AMAP sont d’abord arrivées en Provence, avec l’ouverture de la première AMAP de France en 2001. L’association Alliance Provence détient par ailleurs les droits sur la marque « AMAP » : un grand groupe industriel ne pourra pas utiliser ce terme. C’est tout naturellement que les AMAP sont arrivées à Paris, même si il est parfois un peu plus compliqué d’avoir des agriculteurs de « proximité » en région parisienne.

Le but de l’AMAP, c’est de lutter contre la mort de l’agriculture paysanne, tout en assurant la qualité des produits alimentaires aux adhérents. Dans ce contexte, on associe très souvent AMAP et « agriculture bio » : les paysans s’engagent à respecter les principes de l’agriculture biologique, tout en prônant la diversité des productions agricoles. C’est une autre façon de voir l’agriculture, que celle proposée par les grands groupes de distribution alimentaire. Ici, on est loin de la norme, des produits calibrés, facilement transportables, qui sont achetés pour une bouchée de pain aux agriculteurs, mais revendus avec une très bonne marge aux consommateurs. Le comble étant sans doute les produits bio des grands groupes de distribution (Carrefour, Auchan et consorts…), qui sous prétexte que le produit est estampillé « Bio », le vendent beaucoup plus cher que leur équivalent « classique ». L’association de défense des consommateurs UFC Que Choisir ne s’y est d’ailleurs pas trompée : elle tire depuis longtemps la sonnette d’alarme vis à vis de ces tarifs proprement scandaleux.

Une AMAP propose donc un mode alternatif à l’achat en supermarché ou en marché classique : passer un contrat d’approvisionnement avec l’agriculteur. Dans le contrat, « l’amapien » s’engage à acheter d’avance sur une période déterminée un « panier », en général livré une fois par semaine. Les AMAP ont un nombre limité d’adhérents (un agriculteur n’ayant pas la capacité de fournir un nombre infini de personnes), il existe un réel engouement parisien pour le concept, les « paniers » partant très vite… Dans le panier, on trouvera des produits de saison, issus de la ferme de l’agriculteur. On tourne en général à 6 kgs de produits frais par semaine, en sachant qu’en hiver, les quantités sont inférieures qu’en été : et oui, difficile d’avoir des récoltes en hiver! On trouvera donc dans un panier des légumes et des fruits, habituellement issus de l’agriculture biologique. Ce que j’apprécie pour ma part dans ce système, c’est de pouvoir goûter à des légumes qui ne sont tout simplement pas vendus dans le Franprix habituel. Vous connaissez les blettes, le panais, la rave, le chou pointu? Je ne connaissait pas non plus. En plus de faire découvrir de nouvelles saveurs, ou des légumes oubliés (abandonnés au profit de légumes au meilleur rendement agricole), on diversifie son régime alimentaire!

Donc, pour en revenir à une AMAP classique parisienne, chaque semaine, il y a un agriculteur qui vient faire sa livraison à un endroit convenu avec l’association. Par exemple un bar, ou un local mis à disposition par la maison des associations de l’arrondissement. En principe, l’agriculteur d’une AMAP est quelqu’un qui n’habite pas loin : il faut que le transport des produits soit court, avec une empreinte écologique assez faible. A Paris, on sait que c’est compliqué, mais ils sont en général au moins tous en Île-de-France. Du coup, on varie sans doute les légumes dans notre panier, mais il y en a d’autres que nous n’aurons pas, car issus de contrées bien trop lointaines. On ne s’attend pas à avoir des bananes dans notre panier, mais en revanche on pourra avoir également des produits laitiers, comme des fromages, du lait frais, ou de la viande…

Payer en avance les paniers permet à l’agriculteur de s’affranchir des fluctuations du marché, et ne pas avoir à verser son lait par terre parce qu’il ne vaut plus rien. Mais c’est aussi sournois, si on y pense : qui me garanti, à part la bonne foi de l’agriculteur, de la bonne qualité des produits? C’est une association pour le maintien de l’agriculture paysanne, les adhérents se doivent donc d’être solidaires avec leurs agriculteurs, qui font souvent face aux aléas climatiques. La seule garantie? C’est que si les produits de l’agriculteur ne correspondent pas à ce qui était attendu, les amapiens peuvent tout simplement ne pas renouveler leur contrat, et passer par quelqu’un d’autre. Tout le monde a donc intérêt à ce que les deux parties y retrouvent leur compte. En plus d’être solidaires avec un agriculteur, les amapiens  vont l’aider périodiquement à son exploitation agricole. Les petits citadins se sentent impliqués dans la vie de « leur » ferme, et en profitent bien souvent pour faire découvrir la vie à la campagne à leurs enfants.

Cette initiative est vraiment louable, en permettant à bon nombre d’agriculteurs de s’affranchir des groupes agro-alimentaires, en rapprochant les citadins du monde rural et en améliorant la qualité générale de ce que l’on mange. Ce qu’on a pas dans une AMAP, on le complète avec le marché, autre grand lieu pour acheter frais (mais pas forcément sans pesticides…). Les tarifs, parfois jugés élevés des AMAP, ne le sont pas tant que ça, si on met en parallèle avec ce qu’il se pratique au rayon « bio » des supermarchés. Ici au moins, on sait ce qu’on mange, on a même contribué à faire pousser ce chou, ce radis, ce mesclun :)

Il existe plusieurs profils d’adhérents aux AMAP, mais ce sont principalement des mères de famille, soucieuses d’améliorer la qualité de leur alimentation. Les bobos parisiens ont trouvé là un formidable cheval de bataille, engagé, pour manger sain tout en aidant un agriculteur. Parfois, ils en font trop, au point d’oublier que le principal, c’est de bien manger. Quand on sait qu’il y en a qui jettent les légumes parce qu’ils n’aiment pas les blettes, tout en se maintenant « à fond dans le mouvement », je trouve ça dommage. Il faut que tout le monde y gagne, c’est le seul moyen d’avoir du succès, il ne faut pas qu’une AMAP deviennent une œuvre de charité pour agriculteurs… Pour ma part, je vous garantis que si ce que j’avais dans mon assiette ne me convenait pas, je ne pense pas que les AMAPs auraient eu la vie longue! En tout cas, sur Paris, le succès est au rendez-vous, avec de nombreuses AMAP un peu partout.

Pour plus d’informations sur les AMAP en Île-de-France : www.amap-idf.org


Que faire à Paris ?

3 commentaires pour "AMAP : aider les agriculteurs d’Île-de-France en mangeant bien, et bio!"

  1. J’ai bien reconnu les images de « notre » Amap, je ne sais pas de qui est le texte, mais je ne peux pas laisser sans réagir la phrase :

    [à l’initiative des mères de famille, qui voulaient autre chose que la nourriture « en plastique » qui leur était proposé dans les rayons des supermarchés : ce sont les Teikei.]

    Car malheureusement, la raison de la création des Teikei japonaise est nettement plus tragique : elle est consécutive à la catastrophe de Minamata, lire ici : http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/catastrophe-sanitaire-de-minamata-9592

  2. Jori dit :

    Bonsoir,

    je ne suis pas sûr de saisir le rapport entre une contamination au mercure, massive, et le fait que les excès de l’essor économique japonais des années 70 aie provoqué une prise de conscience au niveau alimentaire. Sans doute que la peur de manger quelque chose de contaminé aie provoqué un retour aux origines, mais la catastrophe de minamata, comme le décrit si bien l’article que vous liez, a touché l’ensemble de la région, paysans y compris. Difficile de faire de véritables Teikei dans ces conditions, ou même ce qu’on appelle aujourd’hui « agriculture bio » était contaminée. La protection du monde rural, des traditions, est par ailleurs bien ancrée dans la culture japonaise, terreau idéal pour l’expansion de ce qu’on appelle par chez nous « AMAP ». En outre, le principal vecteur de la contamination au mercure était… le poisson pêché dans la baie.

    J’aimerai que vous précisiez votre commentaire afin d’élucider ce qui est pour moi un mystère, la catastrophe de Minamata me semblant plus un des (nombreux) facteurs que le critère principal de la création des Teikei.

  3. Cher Jori,

    Je le tiens de la bouche de Daniel Vuillon, l’importateur du concept en France sous le nom d’Amap, (vous pouvez l’entendre dans une émission de France Inter, Interception, de février dernier, actuellement rediffusée) et j’en ai eu plusieurs confirmations écrites, comme ici :

    Les Teikei japonais

    Un des exemples le plus ancien du concept a émergé dans les années 1960 au Japon. À l’époque, des mères de familles japonaises s’inquiètent de voir l’agriculture s’industrialiser avec un recours massif aux produits chimiques (en 1957, les premières victimes de Minamata, empoisonnées au mercure, sont déclarées). Ces mères fondent alors en 1965 les premiers Teikei (提携, signifiant en japonais « coopération ou collaboration ») qui concernent d’abord des coopératives laitières. Le principe de fonctionnement est le suivant : en échange de l’achat par souscription de la récolte du paysan, ce dernier s’engage à fournir des aliments cultivés sans produits chimiques.

    tiré de
    http://www.amapy.fr/articles/petit-historique-des-amap-extrait-de-wikipedia

    Où l’on voit qu’il y a un décalage de presque 10 ans entre les premières victimes déclarées de la pollution de la baie de Minamata et l’émergence des premières Teikei.

    Alors s’il faut changer la phrase dans mon commentaire pour être plus précis : « la raison de la création des Teikei japonaise est nettement plus tragique : elle est, entre autres, consécutive à la catastrophe de Minamata » et je n’ai pas employé le terme de « critère principal »…

    Bien amicalement

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